Calella de palafrugell et le rythme de cuba

Destination privilégiée de la bourgeoisie barcelonaise, Calella ne représente qu’un des nombreux accès sur la mer possibles à partir de  Palafrugell. Confortablement installés aux premières loges avec vue sur mer, à l’ombre des arcades, nous assistons à un concert de sensations qui commence par une ouverture aux accents d’outre-mer. La partition à des résonnances caraïbes. Les clés en « plou i fa sol » donnent la tonalité de cette ode à la lumière.  La baie de Port-Bo, le bon port abrite sous ses voûtes, des promenades rythmées en forme d’havanaise. l’amour, enfant de bohème se promène au bras d’un catalan en partance pour cuba.

l’amour est enfant de bohème

Concerto de trois mouvements sensuels, déhanchement torride, Calella séduit de par ses formes épanouies, ses couleurs et son parfum. Une odeur pas le moins du monde de sainteté mais  de havanera mélangé à celui du rhum, un parfum entêtant qui fait tourner la tête en direction d’un café incendiaire. Le soir, les feux du « cremat » sont autant de phares destinés à guider les marins avides d’eaux  de vie que nous sommes. Accompagnés par le son des guitares balançant leurs mélopées syncopées sur des voix veloutés, venez-vous naufrager  volontairement  et perdre la boussole.  Si l’ambiance des tavernes enchantées typique des bordées méditerranéennes, vous met le vague à l’ame. « La bella lola » aussi appelée « ca la raquel » est l’endroit qu’il vous faut. Jetez l’encre dans cette taverne faire un « pica pica » au son des havaneres. Qui sont-elles ces belles habanaises ? Tout le monde ou presque se souvient de la Habanera du Carmen de Bizet. Le compositeur pour construire son chef-d’œuvre emprunte des airs à toute l’Espagne. Sévillanades, seguiriyas devenues séguedilles d’Andalousie. Des thèmes empruntés à la tradition musicale gitane ponctuent la trame musicale et donne la couleur. Mais à la loterie, c’est la Catalogne qui tire le gros lot avec le thème le plus connu « l’amour est enfant de bohème ». Le rythme de la Habanera s’il n’est pas exclusif à la Catalogne, l’est du moins majoritairement omniprésent. Un rythme de deux qui chaloupe, balance comme autant de barques prises sous les harpes du vent. Des bateaux qui gitent et s’agitent en partance pour le nouveau monde. Ces chansons que l’on retrouve aussi en Andalousie, sortent de l’ennui des marins en partance pour un monde, nouveau à défaut d’être meilleur. Le balancier qui marque comme un métronome ces chansons de marins pas toujours marantes distillent la nostalgie, la perte de vue du littoral catalan. Nos compatriotes à la fin du XVIII ème et début du XIX ne s’embarquent pour des terres lointaines que par nécessité économique, les malles pleines de mal du pays. L’un des plus belles havanera, est certainement « la Gavina », la mouette. « A la platja assolellada, platja de dolços records » La plage ensoleillée, plage de doux souvenirs. Une autre incontournable « L’Empordà » un texte du grand poète Joan Maragall, mis en musique par Enric Morera

 Bouches bées devant les baies

Si vous passez quelques temps à Calella, soignez vos gueules de bois du soir par de longues promenades vivifiantes au bord de l’eau. Vers le nord, la plage bordée de garages à bateau offrent au regard des couleurs chaudes et variées. La couleur de Port Bo, la « cala » principal demeure le blanc. Des restaurants et des bars encadrent la mer, de quoi prolonger la flânerie.  Plus au sud, la côte réserve une succession de criques accessibles depuis le passage maritime. En longeant la promenade aménagée, vous pourrez accéder au sommet de Calella.Si le temps ne vous est pas trop compté, allez-vous mettre au vert en visitant les jardins de Cap Roig. Véritable belvédère végétal en forme de balcon sur la méditerranée.

Hugues Argence